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Le microbiote intestinal, cet écosystème complexe abritant près de 100 000 milliards de micro-organismes, constitue un pilier fondamental de notre santé. Pourtant, de nombreux facteurs de notre mode de vie moderne le fragilisent progressivement, ouvrant la voie à un phénomène insidieux : l’endotoxémie métabolique.

L’endotoxémie métabolique : un empoisonnement silencieux

Lorsque la barrière intestinale se fragilise, des fragments de bactéries gram-négatives, appelés lipopolysaccharides (LPS), traversent la muqueuse et pénètrent dans la circulation sanguine1. Cette infiltration chronique déclenche une inflammation de bas grade qui perturbe le métabolisme, favorise la résistance à l’insuline et contribue au développement de nombreuses pathologies chroniques2. On a ici la cause de la plupart des maladies et des causes de décès.

De jour en jour, petit à petit, notre microbiote se dégrade. On parle de dysbiose : des bactéries pathogènes prennent le dessus, l’endotoxémie augmente dans tous les tissus corporels, la digestion devient mauvaise, des aliments et des particules toxiques passent dans le sang alors que les bons nutriments sont moins bien assimilés et les vitamines habituellement produites par les bonnes bactéries ne sont plus produites. Ce processus d’empoisonnement lent mérite toute notre attention.

Les perturbateurs alimentaires du microbiote

Les additifs industriels : émulsifiants et conservateurs

Les émulsifiants comme la carboxyméthylcellulose et le polysorbate 80, omniprésents dans les produits transformés et certains médicaments ou compléments alimentaires, altèrent directement la composition du microbiote. Des recherches ont démontré qu’ils réduisent l’épaisseur de la couche de mucus protectrice et favorisent l’inflammation intestinale3. Les conservateurs, quant à eux, exercent par définition une action antimicrobienne qui ne distingue pas les bactéries pathogènes des espèces bénéfiques.

L’excès de sel

Le sel de table (industriel) est toxique par lui-même alors que le sel complet est bon pour la santé … mais il est aussi question de dosage. Les produits fortement salés comme les chips, charcuteries et plats préparés ne menacent pas uniquement la santé artérielle et la santé rénale. Une consommation excessive de sodium appauvrit certaines souches bactériennes essentielles, notamment les lactobacilles, tout en favorisant la perméabilité intestinale4. Cette perturbation crée un terrain propice à l’inflammation systémique.

Les parasites alimentaires : une menace sous-estimée

Actuellement la population occidentale se croit à l’abri des parasites alors qu’ils sont plus présents que jamais. Les parasites sont d’innombrables espèces et ils peuvent se développer dans le corps humain pendant des décennies sans être décelés, avec un cortège de symptômes divers que l’on attribue à autre chose (fatigue, mauvaise mine, allergies etc.). Chaque parasite est comme une poupée russe : il contient des bactéries souvent nocives et elles-mêmes transportent des virus.

Bien sûr, les poissons crus et les fruits de mer constituent des sources majeures de contamination : les sushis, les plateaux de coquillages, les crustacés …

Contrairement à une idée reçue, la congélation puis la cuisson du poisson n’élimine pas totalement les risques parasitaires. Certains cestodes comme le ténia du poisson (Diphyllobothrium latum) peuvent survivre sous forme de larves microscopiques (généralement logées dans le tissu musculaire du poisson, totalement invisibles) et coloniser l’intestin humain5.

Les viandes insuffisamment cuites sont de grands vecteurs de parasites : steak tartare, saignant ou bleu … sont les plus connus mais toutes les viandes sont potentiellement concernées. Saviez-vous que les volailles (surtout les poules d’élevage intensif) véhiculent notamment une quantité importante de bactéries du type eccherichia coli ? La surabondance de ces bactéries dans nos intestins, ainsi que les formes mutantes (pathogènes) de ces bactéries sont responsables de déséquilibres importants dans la flore intestinale. Elles peuvent aussi migrer dans les voies urinaires où elles génèrent des infections urinaires.

Beaucoup de fromages nous contaminent avec des spores de champignons et de moisissures toxiques.

Les céréales également sont largement contaminées par des moisissures du fait du stockage en silos. La cuisson ne détruit pas toutes les formes de moisissures.

Les fruits et légumes sont largement moins problématiques mais il faut bien les laver. En particulier, le chou frisé mal lavé, le chou kale mal lavé, le cresson mal lavé. On peut parfois y trouver des oeufs de vers, également certains protozoaires (Giardia, Cryptosporidium, toxoplasma gondii …). Ces intrus perturbent profondément l’équilibre du microbiote, détournent des nutriments essentiels et fragilisent la muqueuse intestinale. La vigilance s’impose d’autant plus que ces infestations restent souvent asymptomatiques pendant de longues périodes.

Les perturbateurs comportementaux

Le stress chronique : quand l’esprit bouleverse l’intestin

L’axe intestin-cerveau fonctionne dans les deux sens. Le stress psychologique modifie la motilité intestinale, augmente la perméabilité de la muqueuse et altère la composition du microbiote6. Le cortisol chroniquement élevé favorise les espèces pro-inflammatoires au détriment des bactéries protectrices. Cette dysbiose entretient à son tour l’anxiété et la dépression, créant un cercle vicieux délétère.

Les rythmes alimentaires désynchronisés

Notre microbiote possède son propre rythme circadien. Le grignotage permanent perturbe ce cycle naturel et maintient l’intestin dans un état de digestion perpétuelle, empêchant les phases de repos et de régénération nécessaires7. Les études montrent qu’espacer les prises alimentaires d’au moins 12 heures favorise la diversité microbienne et réduit l’inflammation. Un espace de minimum 4 et idéalement 6h serait déjà une hygiène digestive de base.

Le travail de nuit et les repas tardifs

Les travailleurs postés subissent une double peine : désynchronisation des rythmes biologiques et alimentation nocturne. Cette discordance chronobiologique bouleverse profondément le microbiote, augmente la perméabilité intestinale et élève les taux circulants de LPS8. Les repas pris tard le soir, même chez les travailleurs de jour, induisent des effets similaires quoique moins prononcés.

Tard le soir, cela signifie en hiver de ne jamais manger après le coucher du soleil (en décembre, ce peut être avant 17h) et en été ne jamais passer à table après 19h ou 19h30 au pic de l’été. Il faudrait toujours au moins 3h de digestion (à partir de la fin du repas) avant d’aller se coucher.

Concernant le travail de nuit, il est tout-à-fait possible de rétablir une alimentation diurne et des solutions simples existent pour gérer la nuit.

Autres facteurs de dysbiose

L’alcool, même à doses modérées, altère la barrière intestinale.

Les antibiotiques, bien qu’indispensables dans certaines situations, déciment indistinctement les populations bactériennes et peuvent nécessiter plusieurs mois pour une récupération complète. Beaucoup de médicaments allopathiques ont d’ailleurs un effet délétère sur la flore ainsi que sur le foie et les reins.

Les édulcorants artificiels, longtemps considérés comme inertes, perturbent également l’équilibre microbien9.

Le manque d’activité physique et la sédentarité réduisent la diversité du microbiote, tandis que l’exercice régulier l’enrichit.

Les infections dentaires (caries, anciennes couronnes, abcès …) et les infections des sinus, souvent non détectées, sont des sources majeures de dysbiose et d’endotoxémie.

Vers une restauration de l’équilibre

Face à cette accumulation de perturbations, une approche individualisée s’impose. Un bilan approfondi du microbiote, réalisé par des analyses spécialisées, permet d’identifier les déséquilibres spécifiques et les éventuelles présences parasitaires. Les protocoles de déparasitage doivent être adaptés à chaque situation, combinant approches naturelles et, si nécessaire, traitements conventionnels.

La consultation d’un naturopathe qualifié offre un accompagnement personnalisé pour restaurer l’écosystème intestinal : réforme alimentaire progressive, gestion du stress, optimisation des rythmes chronobiologiques, supplémentation ciblée en prébiotiques et probiotiques, et protocoles de détoxification adaptés.

Notre microbiote représente bien plus qu’une simple collection de bactéries : il constitue un organe métabolique à part entière, dont la préservation conditionne notre santé globale. Prendre conscience des multiples agressions qu’il subit quotidiennement constitue le premier pas vers sa restauration.

Je suis à votre disposition pour une consultation en ligne ou en cabinet.


Références :

  1. Cani, P. D., et al. (2008). Metabolic endotoxemia initiates obesity and insulin resistance. Diabetes, 56(7), 1761-1772.
  2. Gomes, J. M., et al. (2017). Gut microbiota, probiotics and diabetes. Nutrition Journal, 16(1), 60.
  3. Chassaing, B., et al. (2015). Dietary emulsifiers impact the mouse gut microbiota promoting colitis and metabolic syndrome. Nature, 519(7541), 92-96.
  4. Wilck, N., et al. (2017). Salt-responsive gut commensal modulates TH17 axis and disease. Nature, 551(7682), 585-589.
  5. Scholz, T., et al. (2009). Update on the human broad tapeworm (genus Diphyllobothrium), including clinical relevance. Clinical Microbiology Reviews, 22(1), 146-160.
  6. Foster, J. A., & Neufeld, K. A. M. (2013). Gut-brain axis: how the microbiome influences anxiety and depression. Trends in Neurosciences, 36(5), 305-312.
  7. Zarrinpar, A., et al. (2014). Diet and feeding pattern affect the diurnal dynamics of the gut microbiome. Cell Metabolism, 20(6), 1006-1017.
  8. Reynolds, A. C., et al. (2017). The shift work and health research agenda: Considering changes in gut microbiota as a pathway linking shift work, sleep loss and circadian misalignment, and metabolic disease. Sleep Medicine Reviews, 34, 3-9.
  9. Suez, J., et al. (2014). Artificial sweeteners induce glucose intolerance by altering the gut microbiota. Nature, 514(7521), 181-186.